Faut que j'y aille, je vais chercher le petit à la crèche. Faut que je me dépêche, je dois les emmener à Décathlon, y a le grand qui a besoin d'un survêt pour le sport.
Ouais, cette semaine, c'est moi qui les ai. Mon ex les a une semaine sur deux et la moitié des vacances.
Quelle raleuse mon ex... Elle disait tout le temps que c'était long de préparer le dîner... Warf ! tu parles. Je décongèle une pizza, je colle les gamins devant la télé et ils sont contents. Ca me gène vis-à-vis de leur mère. Ils sont pas cons les gamins, ils voient bien que leur mère, elle sait pas s'occuper d'eux. Pour bouffer, elle leur fait que des légumes et des trucs dégueux. Après ça, pas étonnant qu'il veuillent pas manger et rester à table ! Alors, ils sont pas sages, ils se disputent. Y 'z'aiment pas les légumes, c'est pas compliqué. Moi, je leur fait jambon, steak hâché avec des nouilles et du riz. Y'z'adorent ça ! J'leur achète de la sauce tomate en bocal pour aller avec ; de la bonne hein ! J'fais pas manger n'importe quoi à mes gamins moi ! J'leur fait ça en alternance : jambon-nouille, steak-riz puis jambon-riz, steak-nouilles. Comme ça ils ont une alimentation variée. Et le week end et les vacances, j'les emmène à MacDo, ça leur fait des repas équilibrés, et ça me fait moins de trucs à faire.
C'est quand même pas compliqué de faire plaisir à ses momes...
Et puis, pour bien élever des gamins, faut les responsabiliser. Moi, j'leur ai appris à se servir du lecteur de DVD. Comme ça, ils peuvent regarder un film le dimanche quand ils se lèvent et me laisser pioncer tranquille. J'ai collé les films violents et les film.... tu vois quoi, sur l'étagère du haut, comme ça le petit peut pas les attrapper. Le grand, oui, mais il est grand, il a 6 ans quand même. Je lui ai dit que c'est interdit, j'peux lui faire confiance quand même. Et puis y'z'ont de quoi faire les mômes. J'ai télécharger sur internet, tous les Disney, tous les dessins animés, les Shrek et tout ça. Hop ! j'ai gravé directement. Moi, j'ai pas regardé ce que ça donnait, mais bon, c'est des films pour les enfants alors...
Et puis tu sais, les gamins, c'est plus comme à notre époque. Je vois les miens, je sais pas où ils ont appris tout ça, mais ils ont du vocabulaire, je peux te dire...
Je m'appelle Salim, j'ai 22 ans et je distribue un journal gratuit tous les matins à la station Porte de Saint-Ouen sur la ligne 13. Cela fait déjà deux mois et je commence à connaître les habitués. Cet homme par exemple, un peu plus agé que moi - il doit avoir la trentaine - qui fait partie de la crème de mes "clients" : ceux qui disent bonjour ET merci. La plupart des gens prennent le journal que je leur tend sans un mot, trop occupés, déjà, par la journée qui commence. Dans le meilleur des cas, on me gratifie d'un grognement qui signifie : merci. Ca va vous paraître bête, mais je l'aime bien, moi, ce boulot.Bon, c'est vrai, il me fait me lever tôt et il y a sans doute des choses plus intéressantes à faire. Mais je livre à ces gens un journal qu'ils vont feuilleter en allant travailler. Une parenthèse dans leur train-train ; c'est le mot ! Parmis la crème de mes clients, il y a un jeune homme de mon âge qui est handicapé. Il a de légers problèmes de motricité et d'élocution. Mais il a toujours un large sourire, que je lui rend bien volontier, chaque matin quand il sort du métro et me prend un journal. Je me demande où va ce type si tôt. En effet, j'ai souvent juste le temps de poser ma pile de journaux par terre, d'ouvrir le parasol aux couleurs criardes du journal avant qu'il n'arrive. Peut-être travaille-t'il à l'hôpital Bichat qui est tout proche. Ce matin, j'ai au moins 10 minutes de retard. Je me dépêche de m'installer. Ca y est, j'ai une pile de journaux à la main, j'en tend déjà un aux passants. Je remarque alors le jeune homme handicapé qui s'avance vers moi. Il était adossé au mur du bar qui fait le coin à m'attendre. Il prend un journal. Pas un mot de plus ("Bonjour, Merci"), pas l'ombre d'un reproche dans son sourire. Il voulait son journal, alors il m'a attendu.