C’est la maman de Tim qui le réveilla. Il était l’heure de se lever… Tim chercha son nouvel ami des yeux et vit qu’il était de retour chez ses parents. Sans doute la maman de MF2012 l’avait-elle raccompagné. Comme elle était gentille…
Tim raconta sa journée incroyable à sa maman qui l’écouta attentivement en souriant. Ce matin là et bien d’autres ensuite, Tim essaya de reconnaître la maman de MF2012 en prenant le métro. Il crut cent fois la rencontrer, mais ne fut jamais sûr…
Maintenant, Tim est devenu une grande personne. Il aime toujours autant prendre le métro pour aller travailler. Il emprunte chaque matin la ligne 14, celle sans conducteur. Quelquefois, il le jurerait, le métro lui fait un clin d’œil en arrivant à quai. C’est MF2012 à n’en pas douter. Tim lui fait alors aussi un clin d’œil et en montant dans la rame, donne une petite tape sur la paroi, comme on flatte le flanc d’un cheval, pour féliciter encore son ami d’avoir réussi à travailler sur cette ligne, et lui dire encore qu’ils sont amis. Pour la vie.

[ N'oubliez pas de lire les chapitres précédents... ]
Dès que Tim eut fait quelques pas le long de la voie, il remarqua qu’il n’entendait plus aucun bruit. La foule qui attendait la rame suivante semblait avoir disparu. A la place Tim entendait un bruit très grave, très profond, très lent : c’était sans doute la respiration de la ville. Le vent qu’il sentait sur son visage en était la preuve.
Tim marcha prudemment, prenant garde à ne pas tomber du petit chemin sur lequel il trottinait. Après quelques minutes, dans la demi obscurité, il vit sur le coté qu’un tunnel s’écartait de la ligne droite. Le carrefour ! Tim était arrivé au couloir qui menait vers la chambre des métros !
Contrairement au tunnel dans lequel les métros circulent le jour, qui est bien droit, celui-ci était courbe, comme un grand virage. Au fur et à mesure qu’il y avançait, Tim remarqua que les petites lumières qui éclairent le tunnel ne servaient plus à rien. En effet, devant lui, une lueur grandissait. Tim sentait qu’il était bientôt arrivé.
Tim déboucha dans une très grande pièce, plus grande encore que l’appartement des ses parents ou que la cantine de l’école. Cet endroit était très lumineux et très coloré ; d’énormes ampoules pendaient du plafond et projetaient des couleurs vives sur les murs en tournant à toute vitesse. Le sol était couvert de quelque chose qui ressemblait à de l’herbe qui aurait été bleue. Tim se baissa pour la toucher : elle était très douce.
Il y avait des arbres en énormes poutres d’acier tordu qui poussaient un peu partout. Ils étaient attachés au sol par de grosses vis. Leurs feuilles étaient des tickets de métro. Tim, poussé par sa curiosité, s’approcha et ramassa l’un d’eux au sol. Ceux dans les branches étaient verts ou commençaient à rosir. Tim pensa que quand les billets étaient bien mûrs et bien violets, ils tombaient. Quelqu’un devait les récolter pour permettre aux gens de passer les tourniquets à l’entrée des stations.
Le nez en l’air, Tim ne remarqua pas un habitant de ce monde étrange qui s’était approché, intrigué par ce visiteur inattendu.
« T’es qui toi ?, dit une petite voix dans le dos de Tim qui se retourna, surpris.
- Je m’appelle Tim. Et toi ?
- MF2012 lui répondit l’habitant de ce monde qui n’était autre qu’un bébé métro. Il était en tout point identique à l’un des métros que Tim avait prit cent fois, mais tout petit. Tim n’aurait pas pu entrer à l’intérieur, c’est sûr.
« C’est un drôle de nom MF2012…
- Parce que tu crois que Tim c’est pas bizarre. C’est pas un nom de métro, ça !
- Non ! Je ne suis pas un métro, je suis un petit garçon.
- Tu vis sur quelle ligne ?
- Mais, je n’habite pas sous terre, je suis un petit garçon je te dis. J’habite dehors, dans la ville.
- Y a rien d’autre que sous la terre, ça existe pas, la ville, dit le petit métro incrédule. »
Tim s’assit face au petit MF2012, s’appuya sur le tronc de l’arbre à tickets et entrepris de raconter à son nouvel ami comment c’était dehors. MF2012 était fasciné par les descriptions de Tim. Les grandes tours, les avenues, le ciel surtout. MF2012 était très curieux et voulait tout savoir.
Après ce qui semblait des heures de discussion à Tim, MF2012 dit que sa maman n’allait pas tarder à rentrer du travail et qu’ils pourraient tous les deux aller prendre le goûter chez lui. MF2012 proposa à Tim de monter sur son dos, ça lui faisait plaisir. Après tout, c’est la vocation des métros de transporter les gens, MF2012 était ravi de commencer avant l’age adulte. C’est à vive allure, et force rigolade que MF2012 emmena Tim jusque chez lui.
La maman de MF2012 venait juste d’arriver et accueilli avec plaisir le petit Tim. Elle leur prépara le meilleur des goûters possibles : des pains au chocolat encore chauds, des tartines de miel, des jus de fruits, des glaces, des gâteaux débordants de crème… Les enfants mangèrent de bon cœur, riant sans cesse, sous le regard bienveillant de la maman métro. Elle les envoya ensuite dans la chambre de MF2012 pour jouer. Les malles de jouets du petit métro débordaient de tous ceux dont Tim rêvait : l’Homme Araignée, des jeux de cartes, un jeu de construction avec lequel les enfants construisirent une tour vraiment très haute, un jeu de fléchettes et des centaines d’autres choses.
Les deux amis discutèrent beaucoup aussi, chacun parlant de son monde. MF2012 dit que quand il serait grand, il voulait être métro sur la ligne 14, comme son papa. C’est la ligne où il n’y a pas de conducteur, où le métro travaille seul pour transporter les gens. MF2012 avait les yeux brillants en parlant de cette perspective et Tim était admiratif.
Fatigués par tous ces jeux, toutes ces discussions, les enfants étaient bien calmes maintenant. MF2012 proposa à Tim qu’ils se reposent. Il s’allongèrent côte à côte sur le sol de la chambre du petit métro. Ils ne tardèrent pas à s’endormir profondément…
[N'oubliez pas de lire le chapitre 1 avant celui-ci...]
Un matin, Tim se réveilla de bonne heure. Comme il n’entendait pas de bruit dans le grand appartement de ses parents, Tim se leva sans bruit. Il se rendit à la cuisine où il trouva sur la table tout ce qu’il fallait pour le petit déjeuner. Il y avait de quoi faire un véritable festin : des tartines de pain, de la confiture, des céréales, du jus d’orange. « Miam miam !, se dit Tim, Je vais me régaler ». Il y avait même son bol préféré, celui avec l’Homme Araignée, plein d’un bon chocolat au lait bien chaud.
Tim fit sans doute le meilleur petit déjeuner de sa vie. Il n’y avait pas de grande personne pour le presser, pour compter combien de tartine il prenait… Pourtant, Tim fut très raisonnable : il ne mangea que deux tartines, but son bol de chocolat et un verre de jus d’orange. Il profita qu’aucune grande personne n’était dans les parages pour prendre directement dans le pot une cuillerée de cette délicieuse confiture de fraises.
Une fois reput, Tim s’étonna de ne toujours pas voir ses parents. Il visita tout l’appartement en appelant timidement, sans rencontrer ni l’un ni l’autre. Ses parents avaient dû partir tôt pour un travail urgent, et ils faisaient confiance à leur petit garçon pour être bien sage. Tim fut à la hauteur de la confiance que ses parents avaient placés en lui. Il fit sa toilette n’oubliant pas de bien se laver derrière les oreilles et entre les doigts de pieds, se brossa les dents trois minutes comme sa maman l’exigeait, s’habilla, se chaussa et prit son cartable. Il ferma bien la porte de l’appartement derrière lui, dut se mettre sur la pointe des pieds pour atteindre le bouton d’appel de l’ascenseur, dit poliment bonjour à la dame qui s’y trouvait et en un temps record fut au pied de la tour.
Sans tenir la main d’une grande personne, la tour lui paru encore plus inquiétante que d’habitude. Elle était tellement haute qu’elle cachait le soleil qui mettrait une bonne partie de la journée et de ses forces pour réussir à monter assez haut pour dépasser la tour.
Sans tenir la main d’une grande personne, l’avenue lui paru encore plus dangereuse que d’habitude. Le flot ininterrompu de voitures semblaient attendre qu’il mette un pied sur la chaussée pour l’écraser. Tim prit son courage à deux mains, une grande inspiration et courageusement, mais très prudemment, traversa l’avenue jusqu’à la bouche de métro. Il fut soulagé de s’enfoncer dans les profondeurs de la ville sur l’escalier mécanique, en tenant bien la main courante pour ne pas tomber.
Il fut bientôt sur le quai à son endroit préféré, en tête de station. Il se dit que tout le courage qu’il lui avait fallu méritait bien un petit plaisir. Tim laissa donc passer un métro sans monter pour observer le ballet compliqué des gens qui montent et qui descendent. On aurait dit que deux vagues venant en sens inverse se rencontraient, provoquant des remous sur le quai. Tim était fasciné et regardait ce spectacle de tous ses yeux. Il ne restait jamais sur le quai, sa mère l’entraînait toujours dans la rame. Il n’avait donc jamais vu le conducteur du métro lui faire un petit signe de la main ou la rame s’enfoncer dans le tunnel et ses feux arrières disparaître. Il était aux anges.
Il fut attiré par un détail qui l’étonna beaucoup : tout au bout du quai, juste au début du tunnel, trois petites marches permettaient de descendre sur la voie. Il y avait une barrière avec un panneau sur lequel on voyait un bonhomme marcher, barré par une croix rouge. Il s’approcha, attiré irrésistiblement par cet escalier et découvrit que la barrière était manifestement faite pour empêcher les grandes personnes de passer, certainement pas les enfants, puisque, lui, n’avait qu’à peine à se baisser pour passer dessous. En s’engageant vers la voie, il pensa au carrefour de tunnels et que si il arrivait à marcher jusque là, il pourrait visiter la chambre des métros. Peut-être même qu’il pourrait essayer de devenir ami avec l’un d’eux. Il s’y voyait déjà : discutant avec le métro qui l’emmènerait à l’école et lui ferrait découvrir des endroits magiques. Comme il serait heureux avec un ami métro !
Il était une fois, dans une grande cité, pleine de grands bâtiments de verre et d’acier, de grandes avenues larges et encombrées, un petit garçon qui s’appelait Tim.
Tim était le plus gentil et le plus sage des petits garçons ; toujours obéissant, Tim n’oubliait jamais de faire ses devoirs, de ranger sa chambre ou de se brosser les dents. Toutes les grandes personnes qui connaissaient Tim disaient de lui, quel petit garçon gentil et sage !
Tim n’avait pas beaucoup d’amis et se sentait bien petit dans ce monde si grand. Entouré de grandes tours, de grandes avenues, de grandes personnes, Tim avait un peu peur du monde qui l’entourait.
Il habitait dans une toute petite chambre, tout en haut d’une très grande tour. C’était le seul endroit où il ne se trouvait pas petit. Quand il regardait par la fenêtre, il voyait tout en bas, tous ces gens, toutes ces voitures qui avaient l’air d’être encore plus petits que ses jouets.
Tous les matins, c’est la maman de Tim qui l’accompagnait à l’école. Il lui fallait descendre tout en bas de la grande tour qui devenait alors très inquiétante, traverser la grande avenue tellement bruyante, tellement dangereuse en serrant très fort la main de sa maman, et, sur le trottoir, s’engouffrer à la suite de la foule dans la station de métro.
Tim aimait prendre le métro. Dans le métro, il n’y a rien de grand. Au contraire, les plafonds sont bas, les portes petites. Tim adorait attendre le métro au bord du quai, en tête de station. De là, il pouvait à loisir regarder d’un coté vers le tunnel long, sombre et mystérieux et de l’autre, observer tout à loisir le métro qui arrivait à quai pour l’emmener à l’école. Il savait qu’il devait tenir la main de sa maman pendant tout ce temps pour éviter un accident, qu’il ne trébuche et ne tombe sur la voie…
Il y avait toujours beaucoup de monde dans le métro, mais Tim ne les voyait pas. Sur la pointe des pieds, il regardait par la fenêtre défiler les stations et le long tunnel fasciné par les petites lumières qui éclairent l’obscurité d’une lueur blafarde.
A force de regarder attentivement par la fenêtre, Tim avait remarqué que peu après la station à laquelle il montait dans la rame, il y avait une sorte de carrefour. Un tunnel qui s’éloignait du chemin habituel du métro. Tim avait essayé d’en parler aux grandes personnes, mais elles ne l’avaient pas écouté, disant qu’il avait rêvé. Heureusement, son oncle lui avait expliqué que ces tunnels servaient la nuit aux métros pour aller se coucher. Il n’y a pas assez de place dans les stations pour tous les métros ; il faut bien qu’ils aient quelque part de confortable pour dormir.
Après quelques stations, sa maman et lui descendaient de la rame et se rendaient à l’école. Le soir, c’était son papa qui venait le chercher en voiture après la garderie.